J’ai été interviewé il y 2 mois par un magazine culturel de l’Ile de la Réunion “2512“. Je met donc en ligne cet interview sur mon blog-ekosystem:

C’est une rencontre agréable autour d’un café dans les locaux de l’association “LERKA/”. Lignes Rouges est quelqu’un de calme, posé, et parle avec intelligence de son travail comme de l’implantation du graff à La Réunion. Loin du cliché voyou et du vandalisme qu’il faut nettoyer au Karcher. Lignes Rouges a une démarche artistique avancée, qui surprend par sa richesse de recherche, de support ou de styles. Vous avez surement été interpellé au moins une fois par son travail, alors laissez vous emballer.
2512- Comment est né Lignes Rouges?
J’ai 27 ans, je suis né à La Réunion ou j’ai commencé le graffiti à 14 ans, donc vers 1995. Depuis que je suis tout petit, je vois du “eko” ,”lsa”, “jace”, etc…J’ai grandi avec et cela m’a toujours impréssioné donc peut etre que je suis tombé dedans, sans vraiment le vouloir.C’est vrai que quand j’étais petit, je voyais des tags partout et les personnages représentés comme des super-héros. Par la suite j’ai fait les Beaux Arts avant de revenir à la Réunion il y a 2 ans. Ce n’est qu’en 2002 que j’ai commencé a travailler uniquement avec les couleurs rouge et blanche.
Je graffe toujours et encore, mais je ne le prend pas comme un travail artistique. Ce serait plus un passe temps comme certains pratique un sport. Au debut , pourtant c’etait pour ecrire mon nom! ou des trucs qui petent!
2512-Tu as vu les choses changer au niveau du graff à la Réunion?
Oui ,forcément. Les choses ont changé et changent encore! A l’époque on graffait avec des bombes “Julien” de mauvaise qualité, maintenant il y a tout ce qui est “Montana” et autres qui ont débarqué et cela devient un marché comme en métropole.Mais bizarrement, ce n’est pas pour autant qu’il y a plus de tagueurs qu’avant.

2512-Penses tu que c’est toujours considéré comme du vandalisme?
Ca reste du vandalisme de toute facon. Mais tout depend du contexte, car lorsqu’il y a un graff sur un mur tout blanc (trop) propre, il est certains que les gens sont choqués. Néanmoins, lorsque l’on peint de vieilles cases abandonnées, ça passe beaucoup mieux. C’est vraiment une question de supports. Alors qu’en France (metropole), ça ne depend pas du support: c’est toujours mal vu, à Paris en tout cas. C’est beaucoup plus effacé et beaucoup plus repréhensif. C’est une ville qui est trés entretenue. Par exemple, quand je fais mes interventions, ici à Saint Denis, elles ont le temps de pourrir 2 ans sans etre enlevées. A Paris elles vont durer 3 jours grand max. Il faut voir ca aussi par rapport au rythme de la ville.
2512-Comment es tu passé du graff à “Lignes rouges”?
Et bien , j’ai toujours été dans le graffiti. Et j’ai toujours voulu créer à l’extérieur, dans la ville, sans avoir besoin d ‘autorisations, ou d’etre dans un cadre institutionnel. Forcément, au bout d’un moment, je me suis demandé jusqu’ou allait la portée artistique de mon geste. Je me suis rendu compte que le graffiti est assez pauvre. C’est surement aussi du à ma formation en école d’Art.Etant donné que j’ai toujours eu ce coté “amour de la peinture” J’en suis arrivé a ce projet qui est devenu mon Travail.
C’est un travail basé sur l’autorité des couleurs. Lorsque les gens voient mon travail, ils ont l’impression que c’est quelquechose d’officiel. C’est une question de developpement: Je suis parti de ces 2 couleurs et aprés je cherche, j’expérimente toujours des trucs différents. J’ai pas envie de me cantonner à une technique. Meme si je reviens toujours par vague à la rubalise, j’essaie de ne pas m’enfermer à ce materiaux.Quand j’ai choisi le rouge et le blanc, c’est une prise de position. Comme quand Duchamps fait ses “ready-made”, ou Buren qui a réduit sa peinture en bande. Donc moi je me suis approprié les couleurs rouges et blanches parceque ce sont des couleurs signes dans la ville. A partir de la ca m’a ouvert plein de portes que je developpe maintenant.Mon travail est une clef, a moi de trouver les portes que cette clef ouvre!
Et cela s’integre parfaitement à la ville, les gens ne vont pas l’assimiler a du graffiti ou du vandalisme. Il quitte leur apriori sur les travaux dans la rue et ont un regard neuf.
2512- Comment vois tu le fait que le “Street-art” se fait rattraper par les galeries?
C’est peut-etre lui qui attrape les galeries! Il y a différentes manières de voir ca. Un graffeur qui graffe sur une toile, je ne peux pas comprendre ca, parcequ’un graffiti n’a rien a foutre sur une toile!ou alors c’est de la contrefacon! Pourtant cela n’empeche pas des graffeurs de faire de la bonne peinture. Mais en général les artiste qui sont passés sur toile ne font plus de graffiti dans la rue. Moi quand j’expose dans le cadre muséale, ce n’est plus le meme rapport. Le fait de travailler dans la rue n’interdit pas d’exposer ou de chercher à vendre. ce sont juste des codes différents qu’il faut maitriser.
Il faut voir aussi que le “musée” représente une consécration ou du moins une reconnaissance. Ca ne me dérange pas qu’un artiste graffeur expose dans un musée à artir du moment ou il n’y fait pas la meme chose que dans la rue. Par contre cela me choque de voir un graffeur ou un artiste vendre son logo pour une marque de serviettes, de voitures, ou de soda. Une récupération commerciale est moins compréhensible qu’une récupération institutionnelle.

2512- Ton travail exposé a plus de légitimité?
Non au contraire, Mes installations sont éphémères, elles ne durent qu’un temps et dans un endroits précis. Elles n’auraient pas de sens dans un musée. Dans un musée, je propose autre chose. Mes oeuvres ont un cadres et un contexte , tu ne peux pas te les approprier et les sortir comme ca. Meme si je garde des traces de mes interventions par des photographies, elles ne sont pas la pour rentrer dans les musées. Dans l’espace urbain, je n’ai pas à aller demander l’aval d’un curator. J’ai un vrai espace de liberté!
Comment est percu ton travail?
Le retour est plutot positif. Dans la rue, tu vois de suite si ton taff fonctionne ou pas de part les réactions des gens. La série des “portails” dont j’ai fait une partie avec Kid Kréol a été tres remarqué par la population. C’est la seule serie figurative, mais c’est dans l’idée de motifs qui rythment la ville.

Que penses tu du “Street art” ou du “graffiti” à la Réunion?
Il y a des mecs qui ont ici un trés bon niveau, surtout si tu nous compares à la province métropolitaine. Mais quand tu vois à Saint Denis , le manque de lieu d’exposition possible, c’est normal que cela provoque une profusion. De plus en plus les artistes (issus du graffiti ou pas ) investissent l’espace public surtout parceque nous sommes sur une ile ou les routes ont beaucoup de visibilité. Et puis c’est une vieille tradition puisque tu avais les artistes du théatre Vollard qui ont repeint la marianne , William Zitte qui faisait ses pochoirs etc… cela est entré dans le visuel collectif et puis les travaux restent puisqu’il n’ y a pas vraiment de repassage.

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Arrete, je vais encore passer pour un vieux
) !!!!
Merci pour ce clin d’oeil, ca fait plaisir…